Author Topic: Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé (Lamartine, L'isolement)  (Read 41477 times)

spiros

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Alphonse Marie Louis de Prat de Lamartine, (21 October 1790 - 28 February 1869) was a French writer, poet and politician who was instrumental in the foundation of the Second Republic.


  Alphonse de Lamartine (born Marie Louis de Prat de Lamartine), by Henri Decaisne (Musée de Mâcon)

Poems published in Translatum:
« Last Edit: 22 Sep, 2017, 15:51:33 by spiros »


spiros

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L'isolement
Lamartine





Souvent sur la montagne, à l'ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m'assieds ;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.
 
Ici, gronde le fleuve aux vagues écumantes ;
Il serpente, et s'enfonce en un lointain obscur ;
Là, le lac immobile étend ses eaux dormantes
Où l'étoile du soir se lève dans l'azur.
 
Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
Le crépuscule encor jette un dernier rayon,
Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte, et blanchit déjà les bords de l'horizon.
 
Cependant, s'élançant de la flèche gothique,
Un son religieux se répand dans les airs,
Le voyageur s'arrête, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.
 
Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N'éprouve devant eux ni charme ni transports,
Je contemple la terre ainsi qu'une ombre errante :
Le soleil des vivants n'échauffe plus les morts.
 
De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l'aquilon, de l'aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l'immense étendue,
Et je dis : « Nulle part le bonheur ne m'attend. »
 
Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.
 
Que le tour du soleil ou commence ou s'achève,
D'un oeil indifférent je le suis dans son cours ;
En un ciel sombre ou pur qu'il se couche ou se lève,
Qu'importe le soleil ? je n'attends rien des jours.
 
Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière,
Mes yeux verraient partout le vide et les déserts ;
Je ne désire rien de tout ce qu'il éclaire,
Je ne demande rien à l'immense univers.
 
Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère,
Lieux où le vrai soleil éclaire d'autres cieux,
Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre,
Ce que j'ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux !
 
Là, je m'enivrerais à la source où j'aspire ;
Là, je retrouverais et l'espoir et l'amour,
Et ce bien idéal que toute âme désire,
Et qui n'a pas de nom au terrestre séjour !
 
Que ne puis-je, porté sur le char de l'Aurore,
Vague objet de mes voeux, m'élancer jusqu'à toi !
Sur la terre d'exil pourquoi restè-je encore ?
Il n'est rien de commun entre la terre et moi.
 
Quand la feuille des bois tombe dans la prairie,
Le vent du soir s'élève et l'arrache aux vallons ;
Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie :
Emportez-moi comme elle, orageux aquilons !


Often on the mountain, in the shadow of the old oak,
At the setting of the sun, I sit myself sadly down;
My gaze wanders at random over the plain,
Whose changing tableau unfolds at my feet.

Here thunders the mighty river of frothy waves,
It snakes, and sinks into the obscure distance;
There, the still lake extends its sleeping waters
To where the evening star rises in the azure.

To the summit of these mounts crowned with dark woods,
The dusk still throws a last ray;
And the floating chariot (vapour) of the queen of shadows
Climbs, and already whitens the edges of the horizon.

Meanwhile, clinging to the gothic spire,
A religious sound reverberates through the air:
The traveler stops himself, and the rustic clock
With its final sounds of the day mixes with the holy concert.

But in these two tableaus my uncaring soul
Perceives before them neither charm nor transports;
I contemplate the earth as a wayward shadow which
The sun of the living excites (heats) not the dead.

From hill to hill in vain moves my view,
From the south to the north wind, from the rising to the setting,
I pass over every point of the vast spread,
And I say: “Nowhere does happiness await me.”

What are they doing to me, these glens, these palaces, these cottages,
Vain objects of which the charm has been stolen from me.
Rivers, rocks, forests, lonely beloved places,
A single being you lack, and all is emptied of people!

When I could have followed its great progression,
My eyes would have seen everywhere the emptiness and deserts:
I desire nothing of that which it enlightens (lights);
I ask nothing of this immense universe.

But perhaps beyond the limits of its sphere,
Places where the true sun lights other skies,
If I could leave my mortal remains to the earth,
That of which I dream would appear before my eyes!

There, I would get drunk at the source of my desire;
There, I would find hope and love,
And this fine ideal that every soul desires,
And that which has no name in the terrestrial sojourn.

If I only could, carried by the Chariot of Aurora,
Vague object of my vows, throw myself towards you!
On the earth our exile why should I stay?
There is nothing in common between the earth and me.

When the leaf of the woods falls on the meadow,
The wind of the night awakens itself and wrestles it into the glen;
And me, I am like that withered leaf:
Carry me like her, stormy North Winds!


Adam's Translations: L'Isolement (Isolation) - Alphonse de Lamartine

Ενδιαφέρουσα αντιστοίχιση για το:

Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé

με το

κι άμα σε δέρνει η μοναξιά σε χίλιους νιώθεις μόνος

Στίχοι: Γιώργος Σταυρακάκης
Μουσική: Βασίλης Ξυλούρης , Μιχαλομπάς
Πρώτη εκτέλεση: Ψαραντώνης

Έκεια που θέλω δε μπορώ κι όπου δε θέλω φτάνω
ό,τι μισώ το συναντώ, ό,τι αγαπώ το χάνω.

Άμα πονείς όπου κι αν πας ο πόνος είναι πόνος
κι άμα σε δέρνει η μοναξιά σε χίλιους νοιώθεις μόνος


Just one person is missing (from your world), and your world becomes a vast wasteland.
http://forum.wordreference.com/showthread.php?t=120763

Sometimes, only one person is missing, and the whole world seems depopulated.
https://en.wikiquote.org/wiki/Alphonse_de_Lamartine

Καμιά φορά, όταν ένα πρόσωπο λείπει, όλος ο κόσμος μοιάζει ερημωμένος.
https://el.wikiquote.org/wiki/%CE%91%CE%BB%CF%86%CF%8C%CE%BD%CF%82_%CE%BD%CF%84%CE%B5_%CE%9B%CE%B1%CE%BC%CE%B1%CF%81%CF%84%CE%AF%CE%BD

Και μια απόδοση δική μου:
Ένας μόνο άνθρωπος σου λείπει
Και σ' όλο τον κόσμο δεν έχει απομείνει άνθρωπος ένας.

Βλέπε και:
Δεν έχασα εσένα, όλον τον κόσμο έχασα

Και ένα παραδοσιακό κερκυραϊκό:

Όλος ο κόσμος να 'ναι δω και μια ψυχή να λείπει,
όλα φαίνονται σκοτεινά και σκοτεινό το σπίτι.
« Last Edit: 22 Sep, 2017, 15:51:47 by spiros »

Frederique

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Lamartine, Le Lac (The Lake)
« Reply #2 on: 20 May, 2011, 13:11:26 »


Alphonse de Lamartine, Le Lac

Ainsi toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour?

O lac! l'année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir
Regarde! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir!

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes;
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés:
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t'en souvient-il? nous voguions en silence;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos;
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots:

"O temps, suspends ton vol! et vous, heures propices,
Suspendez votre cours!
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours!

"Assez de malheureux ici-bas vous implorent:
Coulez, coulez pour eux;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent;
Oubliez les heureux."

Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit;
je dis à cette nuit: "Sois plus lente"; et l'aurore
Va dissiper la nuit.

Aimons donc, aimons donc! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons!
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive;
Il coule, et nous passons!

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur?

Hé quoi! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace?
Quoi! passés pour jamais? quoi! tout entiers perdus?
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus?

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez?
Parlez: nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez?

O lac! rochers muets! grottes! forêt obscure!
Vous que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir!

Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux!

Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés!

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
Tout dise: "Ils ont aimé!"

Alphonse de Lamartine, The Lake

Thus driven forth forever to new shores,
Born toward Eternal Night and never away,
Sailing the Sea of Ages, can we not
Drop anchor for one day?

O Lake! The year has scarcely spun its course.
Now, by the waves she meant to see again,
Watch how I sit, alone, upon this stone
On which you saw her then.

You lowed as now below those plunging cliffs.
As now, you broke about their riven flanks.
As now, the wind flung your foam forth to wash
Her feet which graced your banks.

One evening we two roamed -remember?- in silence:
On waves and under heaven, far and wide,
No sound came save the cadence of the oarsmen
Stroking your tuneful tide.

Then sudden tones, unfathomed on this earth,
Resounded round the echoing, spellbound shore.
The tide turned heedful; and I heard these words
From the voice I adore:

Suspend your trek O Time! Suspend your flights
O favoring hours, and stay!
Let us pause, savoring the quick delights
That fill the dearest day.

Unhappy crowds cry out to you in prayers.
Flow, Time, and set them free.
Run through their days and through their ravening cares!
But leave the happy be.

In vain I ask for hours to linger on
And Time slips into flight.
I tell this night: "Be slower!" and the dawn
Undoes the raveled night.

Let's love, then! Love, and feel while feel we can
The moment on its run.
There is no shore of Time, no port of Man.
It flows, and we go on.

Covetous Time! Our mighty drunken moments
When love pours forth huge floods of happiness;
Can it be that they fly from us no faster
Than days of wretchedness?

Why can't we keep some trace of them, at least?
Why lost forever? Why beyond recall?
Will Time that gave them, Time that now destroys them
Not bring them back at all?

Eternity, naught, past, dark gulfs: what do
You do with days of ours which you devour?
Speak! Will you not bring back those sublime things?
Return the raptured hour?

O Lake! Caves! Speechless ledges! Gloaming glades!
You whom Time shields or can bring back to light,
Beautiful Nature, keep the memory-
The memory of that night:

Memory in your stillness and your storms,
Fair Lake, in your cavorting sloping sides,
In the black firtrees, in the savage rocks
Rising above your tides;

Memory in the breathings of the zephyr,
In shore whose sounds resound to shore each night,
And in the silver visage of the star
Touching you with soft light.

Let the bewailing winds and sighing reeds,
Let the light balm you blow through cliff and grove,
Let all that man can hear, behold or breathe
All say: "They were in love."

Translated in French by A.Z. Foreman

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